6 mars 2017

1956 Porsche 356 A T1

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1956 Porsche 356 A T1

            Situé au cœur d’Epernay, la « capitale du Champagne », un magnifique bâtiment en briques rouges abrite l’atelier de sellerie où m’attendent Jean-Philippe et sa 356. A travers les petites fenêtres de la vitrine, les rayons de soleil illuminent une paire de sièges de 911 « pied-de-poule » restaurés à neuf, posés sur un établi. Je pousse la porte métallique, silence radio. Mes yeux roulent à la recherche de mon chauffeur du jour, mais ne tombent que sur des chutes de cuirs et des gabarits de moquettes. J’avance vers l’arrière de l’atelier et mes yeux s’émerveillent devant un coupé Pré A 53 Turkish Red mis à nu, un coupé Carrera en fin de restauration intérieure, et une 911 2.4 S vidée de ses sièges (c’est vrai que le « pied-de-poule » lui ira bien !). Dans le fond, devant la porte de garage, « LA » 356 du jour est là, portes ouvertes. Deux pieds dépassent de la portière passager, un chiffon se balance de droite à gauche sous le pare-brise. « Salut Mathieu, un café ? »

            Located in the heart of Epernay, « the capital of Champagne », a lovely red brick building houses the saddlery workshop where Jean-Philippe and its 356 are waiting for me. Through the small windows of the showcase, sun rays illuminate a pair of restored « houndstooth » 911 seats, placed on a workbench. I push the metal door, radio silence. My eyes look for my driver of the day, but only fall on leather scraps and carpet templates. I move towards the back of the workshop and my eyes marvel at a bared Turkish Red Pre A 53 Coupé, a Carrera Coupé with an ending interior restoration, and a 911 2.4 S emptied of its seats (well, those « houdstooth » seats will suit it very well!). In the back, in front of the garage door, « The » 356 of the day is here, doors opened. I can see two feet out of the passenger door, and a rag swinging from right to left under the windshield. « Hi Mathieu, a coffee? »

            Nous nous apprêtons à prendre la route et, alors que nous discutons de la couleur qu’il a choisie pour sa belle, Jean-Philippe attire mon attention sur une miniature de 356 posée sur son bureau. « C’est parti de celle-là. Bleue avec un intérieur fauve, un peu GT, sans enjoliveur. C’est une auto connue, celle de l’équipage Bourel-Slotine qui courait au Mans à l’époque. Mais je tenais à prendre une teinte de l’année de la voiture. Donc elle est Aquamarine Blue Métal, une teinte de 56. »

            We are about to hit the road and, as we discuss about the color his chose for his beauty, Jean-Philippe draws my attention to a model of a 356 placed on his desk. « It started from this one. Bleue with a fawn interior, a little GT oriented, without hubcap. It’s a well known car, the one from the crew Bourel-Slotine who compete at Le Mans at the time. But I really wanted a paint from the year of the car. So it is Aquamarine Blue Metallic, a color from 56. »

            Nous discuterons plus amplement sur la route. Nous partons sur les routes du vignoble champenois et j’invite Jean-Philippe à se plonger dans ses souvenirs pour remonter aux origines de sa passion pour l’automobile et surtout pour la 356. Avec un père professeur de mécanique et des amis de la famille mordus de voitures, Jean-Philippe a grandi dans le milieu automobile et la transmission du virus était inévitable. Ce n’est que dans les années 90 que l’idée de la 356 a commencé à immerger. Il se remémore une série française méconnue diffusée à la télévision à cette période : « Je ne suis pas très télé, mais je me souviens que je regardais ce truc uniquement pour voir passer ce cabriolet 356 blanc. C’est parti de là je crois, entre autres ». Mais le véritable événement marquant est sa première 356, une B T6 Super 90. « Quand j’avais 18 ans, j’étais plutôt dans les anglaises car ce n’était pas cher, mais dès que j’ai pu trouver une base de 356, j’ai fait des pieds et des mains pour l’acheter. » Il s’agissait d’une base non roulante, repeinte et remise en route tant bien que mal en moins de trois mois, à temps pour son mariage. « J’ai travaillé dessus non-stop, jusqu’au jour de la cérémonie ! Ça s’est terminé à la dernière minute pour que je puisse me rendre à mon mariage avec. »

            We’ll discuss further on the road. We leave on the roads of the Champagne vineyards and I invite Jean-Philippe to immerse in his memories to go back to the origins of his passion for cars and above all for the 356. With a mechanics teacher father and family friends crazy about cars, Jean-Philippe grew up in the automobile world and the virus transmission was unavoidable. But the idea of owning a 356 only started to emerge in the 90’s. He remembers an unknown French series aired on tv at this time: « I’m not that much into tv, but I remember I watched this thing just see this with 356 cabriolet driving. It started from here I guess, among others ». But the real milestone was his first 356, a B T6 Super 90. « When I was 18, I was more into British cars because they were cheap, but as soon as I could find a base of 356, I moved heaven and earth to buy it ». It was a non-rolling base, repainted and restarted as best he could in less than three months, just in time for his wedding. « I worked on it non-stop, until the day of the ceremony! It ended at the last minute and I could go to my wedding with it. »

            La fin d’un projet appelant le début d’un autre, l’objectif de Jean-Philippe était ensuite de se trouver un coupé A, parce que « quand même, c’est vraiment l’un des plus beaux ! » De même que pour sa première 356, c’est une base non roulante d’un coupé A T1 qu’il a choisie pour son projet, avant tout pour une question de budget. Acquise en 2000, elle est restée sagement stockée pendant près de 15 ans avant d’être restaurée. Oui, la création de la sellerie de Jean-Philippe en 2002, la constitution du budget pour la restauration et la recherche de pièces (en plus d’être non roulante, la base était incomplète !) ont demandé beaucoup de patience. « A chaque anniversaire, à chaque Noël je demandais des pièces pour l’A T1 à ma famille, à ma femme. Ça a duré quelques années ! » Et il lui a également fallu du temps pour rencontrer la bonne personne capable de s’occuper de la carrosserie de son auto. « Il m’était très important de confier cette voiture à la bonne personne. La tôlerie, le formage et la peinture ont été les travaux les plus longs et les plus coûteux sur la voiture. Il ne fallait pas se tromper. »

            The end of the projet was starting another one, so the goal of Jean-Philippe was to own a A Coupé, because « to be honest, this is one of the most beautiful 356 Coupé! » As for his first 356, he chose a non-rolling base of A T1 for his project, first of all for a budget matter. Acquired in 2000, the car remained wisely stored for almost 15 years before being restored. Indeed, the creation of the saddlery of Jean-Philippe in 2002, the constitution of the budget for the restoration and the search of parts (in addition to being non-rolling, the base was incomplete!) required a lot of patience. « For each birthday, each Christmas, I asked for parts for the A T1 to my family, to my wife. It lasted for years! » And he needed time to meet the right person able to take care of the body of his car. « It was very important to me to entrust the car to the right person. The sheetmetal work, the forming and the painting were the longest and the most expensive works on the car. I shouldn’t make any mistake. »

            Nous faisons une halte aux abords d’une Maison de Champagne pour passer en revue quelques détails marquants sur la voiture. Légèrement typée GT, Jean-Philippe a personnalisé sa 356 avec goût, sans pour autant dénaturer l’origine de la voiture. Le coupé A T1 est aujourd’hui une pièce rare et il le sait : « Je voulais lui donner un petit look GT sans pour autant percer le capot, lui faire des trous partout, avec un retour à l’origine possible. » A l’extérieur, l’absence d’enjoliveur et quelques pièces en aluminium suffisent à affirmer le caractère de la voiture. C’est surtout à l’intérieur que les mains d’or de Jean-Philippe se sont exprimées. Les couleurs, les matières sont choisies avec goût et minutie, et les sièges baquets donnent un charme profond à la voiture. Cet intérieur de sellier est une vitrine qui ne demande qu’à être contemplée, et est une invitation à prendre la route. « Les baquets font partie du look GT, et j’ai choisi un ton plus soutenu que ce qui se faisait à l’époque, pour que les velours et la moquette ressortent. Je me suis vraiment fait plaisir avec cet intérieur. Mais j’ai conservé les sièges d’origine. Je remets ses quatre enjoliveurs et elle redevient une vraie classique. »

            We make a quick stop near a Champagne House to have a closer look to the main details of the car. Slightly GT oriented, Jean-Philippe tastefully personalized his 356, however, without distorting the origin of the car. The A T1 Coupé is a rare piece today and he knows it: « I wanted to give a GT look without piercing the hood, without making holes everywhere, and with a possible return to the origin. » Outside, the absence of hubcap and some aluminium parts are enough to assert the character of the car. It’s above all inside that the gold hands of Jean-Philippe could express themselves. Colors and materials were chosen with taste and meticulously, and the bucket seats give a strong charm to the car. This saddler interior is a showcase that only ask to be contemplated, and is an invitation to hit the road. « The buckets are part of the GT look, and I chose more sustained colors than Porsche used to do at that time, so that velvets and carpets stand out. I really enjoyed myself with this interior. But I kept the original seats. I put its four hubcaps back and the car becomes a true classic again. »

            Nous reprenons la route. C’est l’heure de pointe et nous traversons le centre-ville d’Epernay. A notre passage, les regards se tournent vers la voiture, les enfants montrent du doigt, les sourires s’affichent. Dans les bouchons, les vitres s’abaissent et des signes de la main se tendent vers la voiture. Une passante lance un « Oh on dirait une Coccinelle ! », et je vois un large sourire sur le visage de Jean-Philippe ! Il me confie : « Oui, bien sûr que ça a un air de Coccinelle! Même si ça n’a rien à voir, en termes de pièces, de prix, mais il faut rester humble avec la 356. Les gens s’en servaient tous les jours à l’époque. » Et c’est exactement ce qu’essaie de faire Jean-Philippe. N’importe où, n’importe quand, pour n’importe quoi. Nous l’avons vu en traversant la ville, ses rondeurs, sa bouille de jouet et son association à la Coccinelle la rendent très populaire aux yeux des gens, et c’est précisément pour cela que Jean-Philippe adore rouler en 356.

            We are back on the road. It is rush hour and we cross the center of Epernay. As we pass, eyes turn to the car, children point fingers, smiles appear. In traffic jams, the windows lower and hand signs are stretched to the car. A passer-by said « Oh it looks like a Beetle! » and I see broad smile on Jean-Philippe’s face! He told me: « Yes, of course it looks like a Beetle! Even if it has noting to do with it, in terms of parts, of price, but you have to stay humble with the 356. People used them everyday at that time. » And this is exactly what Jean-Philippe tries to do. Wherever, whenever, for whatever. We saw it while we crossed the city, its curves, its toy look and its association with the Beetle make it very popular for the people, and this is precisely why Jean-Philippe loves driving his 356.

            Sa passion pour cette auto provient également de sa facilité de conduite et d’entretien. Après avoir eu une longue période anglaises puis Citroën avec des Tractions, Jean-Philippe a vu en la 356 une auto très moderne, simple et bien conçue. « Une 356, ça tient dans quatre cartons quand tu la démontes. Quand tu goûtes à la 356, tu te rends vraiment compte de la facilité de l’auto, et c’est très intéressant. »

            His passion for this car also comes from its ease of driving and maintenance. After a long period with British cars and Citroëns with Tractions, Jean-Philippe saw in the 356 a very modern car, simple and well designed. « A 356 fits in four boxes when you disassemble it. When you taste the 356, you really realize the ease of the car, and that is very interesting. »

            Retour à l’atelier, la porte du garage s’ouvre et Jean-Philippe gare sa 356 au milieu des magnifiques pièces automobiles sur lesquelles il travaille en ce moment. C’est en les contemplant qu’il m’avoue que c’est un peu grâce à la 356 qu’il en est là aujourd’hui, car c’est elle qui l’a conduit à se spécialiser en Porsche classiques : Il y a une dizaine d’années, c’est au volant d’une 356 hard top soudé qu’il participait aux rallyes du club Porsche 356 de France. L’arrière de la voiture, très spacieux, lui permettait une utilisation « break de chasse » et d’y loger tout un attirail pour mettre en avant son travail : Une table, deux tréteaux, un siège baquet, des échantillons, des photos, etc. « J’installais mon petit stand sur les rallyes. Forcément j’étais dans le monde de la 356 donc c’était très ciblé. Mais j’avais les bonnes matières pour eux, les bonnes moquettes, les bons modèles, etc. et c’est comme ça que j’ai commencé à me spécialiser dans la Porsche classique. Je ne fais plus que des 356, 911, 912 et autres Porsche depuis cette période, et ce métier quand tu l’orientes dans ce domaine, il te permet de toucher des autos que tu ne pourras jamais posséder, et ça c’est très intéressant. C’est vraiment la 356 qui m’a emmenée à faire ce que je fais aujourd’hui. Et quand je vois toutes ces autos dans mon atelier, je suis très heureux que cette voiture m’ait permis d’orienter mon métier dans cette direction. »

            Back to the workshop, the garage door opens and Jean-Philippe parks his 356 in the crowd of magnificent automobile pieces on which he is actually working. When contemplating them, he confesses that it is a bit thanks to the 356 that he is where he is today, because the 356 led him to specialize in Porsche classics: about ten years ago, it is a the wheel of a 356 with a welded hardtop that he participated in the rallies of the Porsche 356 de France club. The back of the car, very spacious, allowed a « shooting brake » use and to put a lot of stuff to showcase his work: a table, two trestles, a bucket seat, samples, photos, etc. « I settled my small stand during the rallies. I inevitably was in the 356 world so it was very targeted. But I had the right materials for them, the right carpets, the right templates, etc. So this is how I started to specialize in Porsche classics. I only work on 356, 911, 912 and other classic Porsches since then, and when you turn this profession in this direction, it allows you to work on cars that you can never own, and that is very interesting. The 356 really led me to do what I do today. And when I see all these cars in my workshop, I am very happy that this car allowed me to turn my job into this direction. »

 

 

            La 356 a occupé, occupe, et occupera une grande place dans la vie de Jean-Philippe. Si le coupé A T1 faisait partie de ses 356 à posséder, il ne constitue pourtant pas son Saint Graal automobile. Il est réservé au Speedster 356, et Jean-Philippe en fait aujourd’hui son nouveau projet. « Mais peu importe la version, j’aurais toujours, tant que je le peux, une 356 dans mon garage et, s’il ne doit en rester qu’une, ce sera une 356 ! »

            The 356 took, takes and will continue to take a great place in the life of Jean-Philippe. If the A T1 Coupé was one of the 356 he wanted to own, it is however not his automobile holy grail. It is reserved for the Speedster 356 and it is now the new project of Jean-Philippe. « But no matter the variant, I’ll always have, as long as I can, a 356 in my garage and, if only one should remain, that would be a 356! »

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